Cette année, quelque chose a changé dans mon rythme. Le silence a commencé à prendre de plus en plus de place, accompagné d’une grande fatigue que je n’avais pas vraiment choisie.
Je me suis vue débattre avec ce ralentissement. Une partie de moi voulait continuer, garder le rythme, retrouver mon énergie et repartir comme je sais si bien le faire.
Pourtant, je connais le processus des saisons. Je sais qu’il existe des périodes pour semer, laisser pousser, récolter, puis ralentir. Je peux très bien comprendre ce cycle avec ma tête et avoir beaucoup plus de difficulté à l’accepter lorsqu’il s’installe dans ma propre vie.
Je me reconnais davantage dans l’énergie de l’été. J’aime quand ça pousse, quand ça bouge, quand les idées circulent et que la vie semble pleine. L’hiver, je l’ai longtemps regardé comme une saison morte, un temps où il ne se passe plus grand-chose et qu’il faut traverser en attendant que l’élan revienne.
Alors, quand mon propre hiver s’est présenté, mon premier réflexe a été de vouloir continuer comme si j’étais encore en été.
Plus la fatigue me demandait de ralentir, plus je cherchais comment retrouver mon rythme. Je voulais remettre de l’énergie là où quelque chose semblait justement me demander d’arrêter de pousser.
Avec le recul, je vois combien ce silence m’a dérangée. Il créait un espace que j’avais immédiatement envie de remplir.
Et c’est là qu’une question a commencé à apparaître :
De quoi ai-je réellement soif?
Ce que nous remplissons sans nous en rendre compte
Nous pouvons remplir beaucoup de choses dans une journée sans même nous en apercevoir. Nous travaillons, prenons soin des autres, organisons le quotidien, avançons nos projets et trouvons aussi mille petites façons de nous distraire, de nous rassurer ou de retrouver un peu de plaisir lorsque quelque chose devient inconfortable.
Je peux avoir une journée remplie de choses utiles et constater, le soir venu, que ce dont j’avais réellement besoin n’a jamais reçu mon attention.
Le silence m’a justement amenée à observer ces espaces que j’avais l’habitude d’occuper rapidement. Un téléphone que l’on prend sans vraiment savoir pourquoi. Une nouvelle idée qui arrive au moment où l’on pourrait simplement ne rien faire. Quelque chose à planifier, à acheter, à organiser ou à régler.
Tout cela peut être agréable et faire partie de la vie. Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est de reconnaître ce que je cherche parfois à obtenir à travers ces gestes.
Est-ce que je cherche du plaisir? De la sécurité? De la reconnaissance? Du lien? Un peu d’apaisement?
Autrement dit : qu’est-ce que j’essaie de remplir?
Se remplir ou se nourrir
Cette question m’a amenée à faire une distinction qui devient de plus en plus importante pour moi : celle entre se remplir et se nourrir.
Quelque chose peut me remplir et me faire réellement du bien sur le moment. Une conversation, un achat, un voyage, une série, le travail, les réseaux sociaux ou un nouveau projet peuvent apporter du plaisir, de l’énergie ou du répit.
Mais lorsque je demande à ces choses de répondre à une soif qu’elles ne peuvent satisfaire que momentanément, je finis souvent par recommencer.
Si j’ai soif de reconnaissance, l’approbation reçue aujourd’hui peut me rassurer sans empêcher que j’en cherche de nouveau demain. Si j’ai soif de lien, je peux faire énormément pour les autres et continuer à me demander si j’ai réellement ma place. Si j’ai soif d’apaisement, je peux multiplier les distractions tout en demeurant intérieurement agitée.
Se nourrir demande autre chose. Il faut parfois rester suffisamment longtemps avec la sensation pour comprendre ce qu’elle essaie de nous montrer.
Depuis quelque temps, j’essaie donc moins de me demander comment faire disparaître rapidement ce que je ressens. J’observe davantage ce que je suis sur le point de faire et ce que j’espère trouver derrière ce geste.
Puis je reviens à cette question : De quoi ai-je réellement soif en ce moment?
Je n’ai pas toujours la réponse. Et peut-être que je n’ai pas besoin de l’avoir immédiatement.
Le silence commence déjà à faire son travail lorsque je cesse de le remplir assez longtemps pour entendre ce qui cherche à remonter.

