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WoW Nathalie CoachMon % de doute
Un grand arbre dénudé au milieu d'un champ, devant un coucher de soleil

L’arbre devant ma fenêtre

Quand certaines feuilles s’agrippent encore.

Chaque matin, mon regard se pose sur un arbre devant ma fenêtre.

Pendant l’été, je le remarque surtout pour son feuillage abondant. J’aime cette saison, son énergie, le mouvement, les idées qui circulent et les projets qui prennent forme. Je sais quoi faire de cette énergie-là.

Puis vient l’hiver.

Je connais pourtant le processus des saisons. Je sais qu’il existe un temps pour semer, laisser pousser, récolter et ralentir. Comprendre ce cycle est assez simple. Le vivre lorsqu’il s’installe en moi l’est beaucoup moins.

Parce qu’un ralentissement peut rapidement ressembler à de la stagnation. Le repos peut réveiller l’impression de ne pas en faire assez et une journée moins productive peut presque prendre des airs de paresse.

Et là… ouffff!

J’aimerais parfois sauter cette partie du voyage et passer directement du dernier jour de l’été au premier bourgeon du printemps. Éviter cette traversée du désert où mon énergie n’est plus la même et où je ne vois pas encore ce qui est en train de se préparer.

Pourtant, l’arbre devant ma fenêtre ne saute aucune étape.

Pendant que je résiste, lui laisse tomber

Je l’ai regardé perdre ses feuilles jusqu’à devenir complètement dénudé. Pendant que je me débattais avec ma fatigue et que je cherchais comment retrouver mon rythme, lui traversait simplement sa saison.

À mesure que ses feuilles tombaient, quelque chose devenait plus visible. Je pouvais voir ses branches, suivre leur direction et retrouver le tronc derrière tout ce feuillage qui attirait mon regard quelques mois auparavant.

C’est en l’observant que le mot dépouillement a commencé à prendre une autre dimension pour moi.

L’arbre ne s’arrache pas ses feuilles. Il les laisse tomber lorsqu’elles ont terminé leur saison.

Et je me suis demandé ce que cela pouvait raconter de nous.

Ces feuilles qui s’agrippent

Au fil de notre vie, nous développons nous aussi une sorte de feuillage. Nous apprenons à porter, à anticiper, à contrôler, à être disponibles, à nous rendre indispensables ou à retenir certaines parts de nous pour continuer d’avancer.

Ces façons d’être ne sont pas arrivées par hasard. Elles nous ont aidées à nous adapter et, à certains moments, elles nous ont même protégées.

Puis les saisons changent.

Certaines feuilles tombent presque naturellement lorsque nous n’en avons plus besoin.

D’autres s’agrippent.

Nous continuons à porter alors que nous sommes fatiguées. Nous voulons prévoir ce qui pourrait arriver pour nous rassurer. Nous gardons le contrôle parce que l’incertitude nous dérange. Nous cherchons encore à être nécessaires ou reconnues parce que cette façon de fonctionner nous a longtemps permis de sentir que nous avions notre place.

Ces feuilles ont parfois accompli leur mission depuis longtemps, mais elles connaissent le chemin. Elles savent comment nous protéger et nous ramener vers quelque chose de familier.

Le dépouillement commence peut-être simplement par reconnaître celles qui s’agrippent encore et se demander :

Ai-je toujours besoin de cette feuille pour la saison que je suis en train de vivre?

La lumière retrouve un passage

Plus je regardais mon arbre se dénuder, plus une image revenait : la lumière veut toujours rejoindre le tronc.

Le tronc n’apparaît pas lorsque les feuilles tombent. Il était là depuis le début. Lorsque le feuillage devient moins dense, la lumière peut simplement l’atteindre autrement.

Je pense que nous pouvons facilement confondre notre feuillage avec ce que nous sommes. À force de porter, de contrôler, de performer, de prendre soin ou de nous adapter, ces façons d’être deviennent tellement familières que nous les remarquons à peine.

Alors le dépouillement ne m’apparaît plus seulement comme une période où quelque chose tombe. Il crée aussi l’espace nécessaire pour voir ce qui était déjà là.

Je ne sais pas encore quelles feuilles tomberont facilement et lesquelles continueront de s’agripper. Mais cet arbre m’apprend doucement à ne plus regarder uniquement ce que je perds lorsque je traverse mon hiver.

Il m’invite aussi à regarder ce qui redevient visible lorsque certaines feuilles tombent.

Et une question commence à m’habiter :

Si toutes ces feuilles m’ont aidée à m’adapter, à avancer et à me protéger, qu’est-ce qui demeure lorsque je n’ai plus besoin de m’y agripper?

Je ne le savais pas encore, mais cette question allait bientôt me conduire vers une vieille légende venue de la mer et vers une femme qui, elle aussi, avait appris à vivre longtemps loin d’une part d’elle-même.

Lire la suite : La femme qui retrouve sa peau

Nathalie SauvéUn voyage vers soi